17 janvier 2012, de 18h à 20h30, en Salle des Actes à l’ENS (rue d’Ulm)
L’imagination du mouvement chez Bachelard et Simondon
L’imagination du mouvement fournit à Gaston Bachelard le motif d’un essai poétique majeur, intitulé *L’air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement (1943). Elle occupe également une place centrale dans la théorie du cycle de l’image présentée par Gilbert Simondon dans Imagination et invention (1965-66), dont la bibliographie renvoie à l’ensemble des œuvres poétiques de Bachelard.
Cette conférence présentera l’approche bachelardienne de l’imagination du mouvement, afin d’initier une discussion sur les théories de l’image propres aux deux penseurs. Nous interrogerons plus particulièrement le rôle assigné par Bachelard à la motricité et à l’affectivo-émotivité dans la genèse des images et, par là même, dans le processus d’individuation, dont l’imagination constitue à ses yeux un vecteur privilégié.
Nous nous appuierons à cette fin sur la relecture de la poétique bachelardienne proposée par Gilbert Durand dans les Structures anthropologiques de l’imaginaire, mentionnées par Simondon dans la bibliographie précitée. L’approche durandienne des motivations symboliques participe en effet discrètement à la genèse du cours, et peut nous aider à faire dialoguer Bachelard et Simondon : la théorisation des régimes « diurne » et « nocturne » de l’imaginaire, ainsi que la mise en évidence de leurs ancrages dans des schèmes sensori-moteurs spécifiques (diairétiques et dualisants pour le premier, synthétiques et monistiques pour le second) permet en effet de mieux comprendre le jeu rythmique complexe des « images motrices », voire d’esquisser à partir de ces dernières une genèse des grandes conceptions du mouvement (intuitionniste, hylémorphique, dialectique). En outre, son approche des motivations symboliques en termes de « trajet anthropologique » permet de montrer à l’œuvre, loin de tout réductionnisme psychologique ou culturel, la genèse croisée du geste imaginatif et de son environnement naturel, social et technologique.
Nous espérons clarifier, à travers ce dialogue à trois voix, certains aspects indéterminés ou indécis de la doctrine bachelardienne de l’imagination (tout particulièrement en ce qui concerne son articulation à la motricité et à l’affectivo-émotivité), et mieux prendre la mesure de l’originalité de l’approche simondienne.